Novembre – Trier entre les lignes, garder ce qui revient

Deux mots, une couleur

( humeur de novembre )

Après un été sans elle, la note d’humeur revient. Un café, un carnet ouvert, deux mots et une couleur. Cette fois, on a triché un peu — l’invitée fait ça toute l’année. Elle repère les mots qui reviennent, ceux qu’on n’a pas écrits, et leur trouve des images. Elle, c’est Lise Ribot, designer de marque à Besançon (Studio La Juria). Fin octobre, 9h30, une heure (et un peu plus) en visio. Tôt, très tôt, pour quelqu’un dont les idées s’éveillent à la nuit tombée.

Cet automne, son rythme change. De nouvelles habitudes s’installent, d’autres laissent de la place. Ce qui reste, ce sont ses points d’appui. Le matin, un granola qu’elle ne lâche pas. Les premières courses de saison, qui finissent en plats réconfort. Un chien qui attend sa balade. Et le dimanche après-midi, le petit bar-café en bas de chez elle, où les amis passent.

Lise parle doucement, cherche le mot juste. Quand il lui échappe, elle s’en amuse. Puis elle le trouve : « C’est mon automne, finalement. C’est un peu la récolte. » Une récolte, donc. Reste à savoir ce qu’on trie, et ce qu’on garde.


( Fixe une intention )

Son intention tient dans un réveil qui avance un peu. Elle, la créative du soir, apprend à devenir une personne du matin — « pas parce que je m’y sens obligée », mais parce que son calendrier change. Un automne d’essai. On ajuste, on regarde ce qui marche.


( Couleur )


(No. 01) Trier

( Une définition selon toi ) Chez elle, trier n’est pas ranger. C’est d’abord écouter : les mots qui reviennent, ce qui se dit entre les lignes. Dans son travail d’abord. Puis choisir — une seule piste, jamais trois. Cet automne, le geste déborde du studio. « Je suis en train de faire un gros tri dans ma vie. » Ses habitudes, d’abord. Un rythme qui glisse du soir vers le matin. Des médiums qu’elle explore sans chercher à les maîtriser — le pastel à l’huile, la photo, peut-être un jour autrement qu’avec son téléphone.

Le tri littéral, mais aussi le tri dans les gestes.

( Des mots-clés ) S’alléger. Choisir. Apprivoiser.

Trier, en vrai

Dans tout ce qu’on te confie, toi, comment tu tries ? On regarde tout le fond. Mon but, c’est de creuser, de comprendre quelle est la marque et la personne — parce que les deux sont souvent liés chez mes clientes. Et trouver le fil rouge à tirer. J’aime beaucoup regarder les mots qui se répètent, les choses qui sont dites entre les lignes, mais qu’elles n’ont pas forcément notées noir sur blanc avec leurs mots.

Ton premier tri, en te lançant, c’était quoi ? Ce que j’ai arrêté très, très vite en me lançant à mon compte, c’est cette position d’exécutante. On me donne une direction artistique et j’exécute. C’était le truc où je ne me retrouvais plus. Je crois encore profondément à ma façon de faire. Un questionnaire progressif, un peu comme une introspection pro : on va en profondeur, petit à petit. Puis une longue visio de débrief. Voilà ce que j’ai compris, point par point, voilà mes grands piliers — dis-moi si j’ai bien compris. Ensuite, tout découle logiquement, et ça s’affine.

Et ce qui reste après le tri, comment tu le reconnais ? J’aime bien parler de justesse. Il faut que ça résonne au bon endroit. Si tu touches juste dans ce que la personne voulait dire, mais qu’elle n’avait pas forcément les mots ou les images — t’as tout gagné. C’est comme quand tu superposes plusieurs cercles et que d’un coup, tu vois la zone au milieu, où tout prend son sens ensemble. La petite énergie qui bouillonne là.

Et le geste que tu découvres en ce moment ? Le pastel à l’huile. Tu ne peux pas forcer sa technique à suivre ce que t’as envie de faire. C’est à toi de suivre. C’est vraiment quelque chose qu’on apprivoise. Il faut apprendre à lâcher, sans avoir d’attente.

(No. 02) Garder 

( Une définition selon toi ) Chez Lise, ce qui reste n’a rien d’un rituel. Ce sont des évidences. Un bol de granola de saison, chaque matin, depuis quelques années. La balade du chien, qu’elle n’enlèverait pour rien au monde. Et des photos du quotidien, rouvertes un an plus tard, à la même saison. La couleur du moment. Ce qu’elle portait. « Mes pieds, avec les feuilles mortes au sol. »

Et puis il y a la rigueur. Pas un défaut à corriger — une part d’elle. « Elle est ce que je suis aussi. Elle me permet d’avoir l’œil. »

( Des mots-clés ) Revenir. Regarder. Nourrir.

Garder, en vrai

De tes journées, qu’est-ce que tu gardes pour nourrir ton regard ? Je prends beaucoup de photos de mon quotidien. J’ai ce truc de nostalgie : j’aime beaucoup revenir aux photos des années dernières, à la même période. Quelle couleur, quelle chose j’ai vue, comment je m’habillais. Des choses lambda. Mes pieds, avec les feuilles mortes au sol.

Dehors, qu’est-ce qui reste dans ton œil ? Les enseignes dans la rue, même si ce n’est pas forcément beau, parce qu’il se passe quelque chose visuellement. De la texture, de l’ancien. Des affiches arrachées, des choses empilées par hasard peuvent me donner quelque chose de très beau. Mais il y a un œil. Porter un regard.

Les lieux de vie où tu aimerais passer plus de temps ? Au café, seule, avec mes carnets, mes pastels, mes idées. Un espace qui m’appartient, des gens calmes — j’ai ma bulle, et en même temps, ça bouge autour. Pour faire émerger la créativité, il me faut un lieu qui bouge. Pour produire, c’est l’inverse : du silence, du cadre, mes écrans.

Et tes carnets, ils te suivent où ? Un petit, qui se glisse dans le sac : le train, le bus, le café, l’instant. Et l’envie d’un plus grand, ritualisé, qui a son moment.


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